Philippe DECHARTRE, notre Président du Club Nouveau Siècle, était, le
8 mai 1945, Président de la Commission des Anciens Combattants et des Pensions à
l’Assemblée Consultative Provisoire, et Secrétaire Général à la Coordination de
l’Entraide pour les Prisonniers de Guerre et les Déportés.
60 ans après, le 8 mai 2005, sous la Présidence du Premier
Ministre et en présence de Madame Michèle ALLIOT-MARIE, Ministre de la Défense,
et du Ministre Hamlaoui MEKACHERA, ont eu lieu les cérémonies commémorant le
rapatriement des Prisonniers de Guerre à la Gare d’Orsay, ou arrivaient les
« trains du retour », Philippe DECHARTRE, en témoignage, a prononcé le
discours suivant.
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Madame le Ministre de la Défense,
Monsieur le Ministre Délégué aux anciens
Combattants,
Monsieur le Gouverneur militaire de
Paris,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires et les
Elus,
Messieurs les Présidents,
Chers Camarades,
Mesdames, Messieurs,
Oui ! Il y a 60 ans, j’étais là. Nous étions là, les
camarades du Mouvement National de Résistance des Prisonniers de guerre, ceux
des Centres d’entraide, ceux de la Fédération et les amis des ouvriers de
l’odieux travail obligatoire. Nous étions là, étranglés de joie et le cœur serré
aussi, pour recevoir nos frères de misère qui enfin revenaient au Pays, leur
Patrie libre.
Le cauchemar était fini. C’était la Victoire, c’était la Paix,
c’était de Gaulle, c’était la France.
Les cloches sonnaient mais la douleur n’était pas encore éteinte
et pour beaucoup, rodait l’inquiétude des
lendemains.
5 ans auparavant, un séisme avait balayé la France. Dans les
décombres de la défaite, plus d’un million et demi d’hommes jeunes étaient
capturés et envoyés en Allemagne, esclaves de la production de guerre nazie.
Mais, il en fallait encore plus à Hitler.
Des centaines de milliers de requis du « travail
obligatoire » étaient à leur tour arrachés à leurs foyers. Raflés sous la
menace de représailles de leur famille. Un nouveau drame accablait la jeunesse
française.
Et voilà ces 5 années de chaînes qu’on ne peut guère raconter
aujourd’hui, car il est difficile d’imaginer une telle misère … il faut la
vivre, pour savoir.
Certes, les camps de prisonniers de guerre, même les terribles
camps de représailles, comme Rawa-Ruska, n’étaient pas marqués par l’horreur
comme l’étaient les camps de déportation et d’extermination : Dachau,
Treblinka, Auschwitz, Birkenau, Mauthausen (libéré le 7
mai !).
Mais, la captivité était une chape de plomb abattue sur nous. 5
années de solitude en haillons ; avec dans la tête l’image lancinante du
foyer perdu. Douleur de chaque jour.
Quelle leçon tirer, aujourd’hui, de cette
épreuve ?
Tout d’abord celle-ci qui est d’actualité : l’Europe est en
paix. Mais ce qui, dans nos têtes, a construit la paix c’est l’horreur de la
guerre vécue, les souffrances communes et les solidarités qui en naissent
nécessairement, le refus des idéologies mortifères et le goût de la liberté qui
nous avait été volée. Enfin, la
raison et l’espérance d’un monde meilleur !
Et s’il est un message que mes camarades de misère peuvent nous
transmettre à travers l’Histoire et sa mémoire c’est : « Continuez de
construire l’Europe. Fermement ! ».
Une seconde leçon. Dans le dénuement, l’abandon, le bonheur était
si loin que l’homme a appris à respecter l’homme, abandonnant, un instant, ses
petites passions et ses lourds préjugés. Aussi, la Fédération des Anciens
Prisonniers de Guerre, construite à la libération, est un lieu de rassemblement
où chacun est absolument libre de ce qu’il est, de droite, de gauche, communiste
ou catholique. C’est pourquoi il n’y a eu et il n’y a qu’une seule
Fédération.
Une troisième leçon. En captivité, il faut le dire très haut, ce
qui fut frappant et étonna les allemands eux-mêmes, c’est la dignité du
comportement, la dignité morale de ces hommes privés de tout. La dignité,
c’était le seul bien qui nous restait.
C’est pourquoi les cercles de Collaboration n’ont pas trouvé, dans
nos camps, un terrain d’accueil. C’est pourquoi il y a eu tant d’évasions,
événement qui pour les allemands devenait un fait militaire. C’est pourquoi,
avec ces évadés et tant d’autres s’est créé en France le Mouvement de Résistance
des Prisonniers de Guerre, le MNPGD qui eut sa gloire et ses martyrs. Je pense à
Steverlynck, ce jeune séminariste, si gai, si plein d’allant :
fusillé.
Et c’est pourquoi, enfin, notre Fédération s’appelle Fédération
des Combattants Prisonniers de Guerre.
Combattants : car sous l’uniforme, même en haillons, même
derrière les barbelés, nous nous sentions des
soldats.
Puis ce fut la Victoire des Alliés et le premier train de la
liberté, arrivant ici.
ICI
Vive la République
Vive la France !
Philippe DECHARTRE
Ancien Ministre du Général de GAULLE et de Georges
POMPIDOU
Doyen du Conseil Economique et
Social
Président du Club Nouveau Siècle