En période électorale, on voit surgir, partout, des
« think tanks », c’est-à-dire des clubs de réflexion qui ont pour
objet non seulement d’alimenter le débat d’idées, mais surtout de tracer des
chemins qui correspondent à des choix de société.
Nouveau Siècle est un club de réflexion dont le fondement
théorique est la pensée gaullienne que nous ne confondons pas avec le gaullisme
politique. Un grand dessein et trois mots résument cette pensée : travail,
partage et sens.
Le travail, c’est ce qui crée des richesses. Or, il ne
peut y avoir de politique sociale sans création de richesses. Avant de
redistribuer les richesses, il faut les créer. Notre réflexion doit porter sur
la création d’emplois. Dans le domaine de l’emploi, nous voulons promouvoir
l’idée d’un capitalisme équitable, assurant la promotion et la reconnaissance de
chacun par le travail. Alors dans cette traversée de l’économique et du social
je prends pour un signe positif fort que le gouvernement ait étudié, puis voté
lors de la session d’automne des travaux du Parlement, le projet de loi sur la
participation et l’actionnariat salarié, cette grande cause économique et
sociale.
Le partage, c’est ce qui fonde la cohésion sociale. La
nation n’a plus de visage, lorsqu’elle abandonne une part importante des
individus sur le bord du chemin. Nos analyses doivent tracer les chemins du
possible. Il est essentiel de consolider le lien intergénérationnel, de
considérer cette jeunesse en demande d’éducation, de valeurs, jeunesse
actuellement laissée en déshérence. Pour intégrer la jeunesse à la nation, il
faut faire preuve d’imagination, promouvoir le service civique, valoriser
l’école. Le partage, c’est aussi l’attention que nous portons aux pays les plus
pauvres qui ont droit comme nous à l’existence et que nous devons accompagner
dans leur développement. Saint-Exupéry disait dans Citadelle : « Si
les grains ne vont pas aux hommes, ce sont les hommes qui vont aux
grains. » Comment aller vers une immigration contrôlée, si les hommes
ne peuvent pas vivre décemment chez eux. La responsabilité des pays riches est
ici immense.
Le sens, c’est qui permet de construire un futur collectif
fondé sur des valeurs partagées. Tout se passe aujourd’hui, comme s’il fallait,
pour être élu, ne parler de rien, ou dire l’inverse et son contraire. Nous
attendons de nos hommes politiques qu’ils donnent un sens à leur action. Le Club
Nouveau siècle doit inspirer, par ses travaux, une philosophie de l’action
politique au service de tous. Gardons en mémoire ce propos de Sénèque :
« On ne trouve jamais de vent favorable, quand on ne sait pas vers quel
port on se dirige. » Ce sens, c’est celui des destinées collectives.
Une nation ne peut survivre si les individus qui la composent s’installent dans
une logique des confrontations identitaires, culturelles, religieuses ou
ethniques.
La théorie du déclin, qui nourrit la réflexion des cercles
libéraux, n’est pas la nôtre. D’ailleurs, nous ne croyons pas qu’il existe une
fatalité du déclin. Il n’existe que des renoncements face à des questions qui
sont encore taboues.
Ma conviction de gaulliste est qu’il faut poursuivre sans
relâche et avec détermination, le patient travail de reconstruction d’une
Société désarmée face à la formidable accélération de l’économie et aux
mutations profondes qu’elle engendre. C’est pourquoi nous appelons les hommes
politiques à avoir la volonté politique d’agir, avec de l’audace, dans les
domaines de l’emploi, du partage et du sens.
En même temps, nous devons être à la pointe d’un combat
vital, celui du développement durable. Il est fondamental aujourd’hui de traiter
les questions écologiques, de promouvoir une écologie responsable. La conscience
écologique se développe partout dans le monde. Mais si nous continuons à
produire et à consommer sans discernement, il faudra, pour faire vivre 9
milliards d’individus en 2050, quatre ou cinq planètes. L’urgence est là :
faire vivre les hommes à l’échelle de la planète sans décroissance, sans mettre
en péril l’humanité ni l’avenir des générations futures.
Ce qui nous anime, au Club Nouveau Siècle, c’est
« une certaine idée de la France », celle qui se construit
depuis Vercingétorix, les Rois, les Empereurs, les Cardinaux, les hommes comme
Napoléon, Clemenceau ou De Gaulle. Une France riche de son histoire, n’en
déplaise aux idéologues de la repentance Au-delà des fractures que provoque
l’Histoire contingente avec ses révolutions, ses guerres et ses luttes pour la
conquête du pouvoir, il reste cette formidable capacité de notre peuple à
renaître. Une France qui passe de la grandeur au déclin, mais redressée de
siècle en siècle par le génie du renouveau, avec toujours un grand
dessein.
Rappelons-nous le discours de Granville du Général de
Gaulle le 7 juillet 1960 : « Etre une grande nation, non pas
seulement grande pour elle-même, c’est à dire pour qu’on la respecte et pour
qu’elle fasse valoir ce qui lui revient, mais grande aussi pour les autres, pour
tous les hommes de la terre, car il faut que sur cette terre si agitée, si
menacée, il y ait un pays noble, généreux et fort qui soit le champion du bon
sens, de la fraternité, du développement et du rapprochement : notre
vocation, c’est cela, une fois de plus, elle est devant nous et nous devons lui
être fidèles. »
Le grand dessein c’est de continuer à avoir une certaine
idée de la France et de son rôle sur la scène internationale. Le monde dans
lequel nous vivons est multipolaire et multicivilisationnel. Nous sommes loin de
l’utopie libérale du perfectionnement démocratique des sociétés après la chute
du mur de Berlin. C’est dans le domaine de la paix, privilégier le cadre
européen lorsqu’il existe, mais chaque fois que nécessaire d’affirmer des
principes et de défendre des positions justes qui respectent le droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes, les règles d’éthique du droit international. Là,
nul doute que la voix de la France sait se faire entendre et afficher ses
différences quant il le faut. Les dangers cependant sont considérables de voir
se terminer les montées de l’intégrisme en situation catastrophique au niveau
mondial.
D’une manière pragmatique à l’international, la feuille de
route que nous voulons tracer passe par le développement d’une Francophonie
moderne, la construction d’une Europe politique et l’affirmation d’une politique
étrangère au service de la paix mondiale. La France doit continuer à faire
entendre cette voix propre qui est la sienne, tout en restant fidèle à es
alliances. Nous faisons nôtre la formule « allié ne signifie pas
rallié ».
En cette période électorale particulièrement intense qui
s’ouvre devant nous en 2007, je vous invite à porter et diffuser notre message,
nos propositions, auprès de celles et de ceux qui se présentent au suffrage
universel. Il nous appartient d’être moteur sur le territoire des idées, avec
comme point d’ancrage la pensée gaullienne.
Bernard Reygrobellet
Président du Club Nouveau Siècle
Version intégrale décembre
2006